Les derniers développements
Depuis la seconde moitié du XXe siècle, de nouvelles découvertes remettent fortement en question ce que l’on croyait savoir de l’Univers. Ces découvertes ont été rendues possibles par une véritable industrialisation des capacités d’observation.
L’astronomie numérique, industrielle et spatiale
A partir des années 1970, la photographie devient numérique, d’abord avec les polarimètres embarqués sur les sondes Pioneer, puis les tubes Vidicon à bord des sondes Voyager. Puis l’arrivée du capteur CCD supplante la photographie argentique dans les années 1980. Ces grands programmes spatiaux ont renouvelé notre perception de l’espace avec des progrès immenses dans notre compréhension de la formation du système Solaire. Ils ont également beaucoup contribué à démocratiser l’astronomie auprès du public – les agences américaines comme la NASA ou le JPL ayant toujours fait un travail de communication remarquable, même si les Européens se sont bien rattrapés de nos jours.
Cette numérisation est aussi une automatisation qui permet désormais d’opérer des observatoires à distance, et il devient pertinent de délocaliser l’acquisition vers les endroits les plus propices sur Terre, pour échapper à la pollution lumineuse et atmosphérique. C’est ce qui donnera lieu aux grands projets d’observatoires à Hawaii ou en Amérique du sud avec l’ESO. Ces sites abritent les plus grands télescopes au monde, avec notamment le projet ELT. Cette automatisation permet également de programmer des opérations de relevés systématiques du ciel, avec des projets emblématiques tels que le Sloan Digital Sky Survey pour le ciel profond, ou les missions Hipparcos puis Gaia, pour l’astrométrie, dont le dernier relevé recense la position de plus de 2 milliards d’objets.
Enfin, la numérisation est aussi une miniaturisation, ce qui permet d’embarquer des imageurs très performants dans des observatoires que l’on envoie désormais dans l’espace, tels que le Hubble Space Telescope qui représente a lui seul une nouvelle révolution dans l’observation du ciel, car on peut définitivement s’affranchir de l’atmosphère terrestre qui limite les observations.
La matière noire
En 1933, Fritz Zwicky mesure le mouvement des galaxies, et est le premier à constater que la masse « lumineuse » estimée et la masse « gravitationnelle » mesurée dans les interactions entre galaxies ne concordent pas. Les amas de galaxies sont beaucoup plus « lourds » que ce qu’ils devraient être. Mais à cette époque, le monde scientifique est accaparé par le sujet de l’expansion de l’Univers et ses travaux ne sont pas suivis.
Il faut attendre les années 1960 et les mesures de rotation différentielle des galaxies effectuées par Louise Volders, puis par Vera Rubin, qui mettent en évidence le même problème : la rotation des éléments externes est quasi synchrone avec ceux du cœur, ce qui suggère que beaucoup de matière existe aux abords des parties « visibles » des galaxies, mais qui est totalement occultée à nos observations. Cette matière invisible est alors nommée Matière Noire. Et elle représente un bilan énergétique conséquent en proportion du contenu de l’univers.


En parallèle, la cosmologie progresse dans la compréhension du Big Bang, avec le postulat de l’Inflation qui explique les anisotropies de l’Univers, ainsi que le comportement des trous noirs, particulièrement grâce aux travaux de Stephen Hawking. Ce dernier travaille également sur des théories de « Multivers » – qui ne sont pas abouties à ce jour.
L’énergie sombre
Enfin, en 1998, deux équipes indépendantes, l’une menée par Saul Perlmutter, l’autre par Adam Riess et Brian Schmidt, réalisent des mesures de distance en observant des supernovae lointaines. Ces observations visent également à affiner la mesure du taux d’expansion de l’univers. Ils découvrent alors que ce taux d’expansion a augmenté sur les quelques derniers milliards d’années. Autrement dit : l’expansion de l’univers accélère. Cette découverte leur vaut le prix Nobel de physique en 2011.



L’explication la plus évidente à ce phénomène est qu’une source d’énergie provoque cette accélération. La quantité d’énergie requise est colossale dans la mesure où elle doit contrer la gravitation qui a tendance à rapprocher les composantes de l’univers les unes des autres. Mais on ne sait encore quasiment rien de cette énergie que l’on appelle alors Energie Sombre.

De nos jours, si on doit faire le recensement de ce dont est constitué notre Univers, il ne faut plus seulement raisonner en fonction des objets que l’on voit. Depuis le début de l’Histoire humaine, nous avons essentiellement utilisé nos yeux pour observer et comprendre l’univers. Mais on constate que la lumière – ou plus exactement le messager de la force électromagnétique représenté par le photon – ne nous permet pas de tout observer.
Il faut alors raisonner en termes de bilan énergétique, ce qui englobe bien sûr les objets physiques en vertu de la relation E = mc2 d’Einstein. Voici alors la répartition du « poids » énergétique des différents composants de l’univers, selon le modèle standard actuel, appelé ΛCDM (Lambda pour l’énergie Sombre, et CDM pour « Cold Dark Matter ») :

En résumé, tous les progrès accomplis depuis l’Antiquité nous conduisent à constater que nous ne voyons qu’un peu moins de 5% de l’univers. On sait donc qu’on ne sait pas tout… et ce n’est pas une chose foncièrement négative, car cela veut aussi dire qu’il reste tant de choses à découvrir…
L’astronomie multi-messager
Pour « voir plus loin » que les 5% observables classiquement, il faut donc exploiter d’autres « messagers » que le vecteur de la force électromagnétique. Sur les 4 forces fondamentales de la nature, seules deux sont à longue portée (l’électromagnétisme et la gravitation). Depuis 2015, les astronomes commencent à observer le ciel via les ondes gravitationnelles, fournissant au passage une nouvelle preuve de la théorie de la Relativité Générale.
Mais on peut aussi en quelque sorte dire qu’on observe les deux autres forces de la nature (la force nucléaire forte et faible), en observant leur résidu. L’observation des neutrinos est difficile car ces particules interagissent très peu avec la matière, mais il existe des télescopes à neutrinos en service de par le monde. L’observation des « rayons cosmiques » est également un autre domaine actif de l’astronomie actuelle.
La pointe de l’observation astronomique arrive alors dès que l’on a l’opportunité d’observer ces différents messagers simultanément, ce qui s’est notamment produit lors de la collision d’étoiles à neutrons en 2017. On parle alors d’astronomie multi-messager
Les exoplanètes

Les derniers développements de l’astronomie moderne ne concernent pas que l’Univers lointain. Giordano Bruno en avait rêvé, mais ce sont Michel Mayor et Didier Queloz qui obtiendront la première preuve de l’existence d’une planète orbitant autour d’une autre étoile. Il s’agit de 51 Pegasi B, découverte en 1995, qui vaudra un prix Nobel à ses découvreurs en 2019.
Depuis, plusieurs missions, notamment spatiales, en particulier les missions Corot et Kepler, ont permis la détection de milliers de planètes extrasolaires, et l’on estime aujourd’hui qu’une étoile sur deux dans notre Galaxie dispose d’un cortège de planètes. Certains ont même une complexité comparable au nôtre, comme le système TRAPPIST.

Pour finir…
L’Astronomie est actuellement un domaine en pleine ébullition. Nous avons appris à observer le ciel, de plus en plus loin, avec de plus en plus de moyens, en utilisant de plus en plus de messages. L’observation s’est exportée dans l’espace, notamment avec les missions emblématiques et très médiatisées que sont Voyager ou le Télescope Spatial Hubble. Les missions scientifiques actuelles, comme le JWST, le télescope « Vera Rubin », ou les missions « Euclid » ou « Nancy Grace Roman », cherchent à répondre aux questions les plus récentes que l’on se pose sur l’Univers et son évolution…
L’astronomie n’en a pas fini avec son histoire 🙂
L’astronomie moderne est également devenue publique et populaire. Comme Camille Flammarion ou Robert Ball en leur temps, de nombreux scientifiques sont aujourd’hui également « passeurs de sciences » pour le public. On doit notamment mentionner Carl Sagan, qui fut un des plus importants vulgarisateurs du XXe siècle, ainsi que Hubert Reeves ou encore André Brahic pour les francophones, ou bien Neil deGrasse Tyson pour les anglophones. Il en existe beaucoup d’autres actuellement en « service », qui nous font découvrir l’astronomie dans toute sa beauté et toute sa complexité, et qui entreront eux aussi dans l’Histoire. Sans eux, les amateurs comme nous ne connaitrions qu’une fraction de ce qui nous est actuellement accessible.




Bibliographie
https://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_l%27astronomie