A l’usage

Pendant la mise au point et l’intégration, j’ai réalisé une documentation afin de nous permettre de manipuler le téléscope. Il faut dire qu’il y a un paquet de logiciels à démarrer, et le mieux pour ne pas faire d’erreur est encore d’avoir une procédure et de la respecter. Cela permettra potentiellement à d’autres personnes de le manipuler si on le souhaite.

L’opération se fait donc avec un « bureau a distance » qui permet de se retrouver sur le PC. Ce dernier est démarré par le Dragonfly, via une appli Smartphone. Ca évite de le laisser tourner en permanence (c’est un PC de récupération, pas un NUC fait pour tourner sans arrêt).

Une fois connecté, on peut surveiller le télescope avec une caméra IP. Puis on exécute la séquence de mise en route, on se retrouve dans le logiciel de prise de vue, et on peut démarrer les acquisitions.

Initialement nous avons installé Prism car c’était le logiciel que l’on connaissait. Je l’ai remplacé en 2020 par Sequence Generator Pro, qui s’est averé beaucoup plus adapté au pilotage en remote, et nous a apporté le couplage avec PHD pour l’autoguidage, et donc la possibilité de faire du dithering pour améliorer la qualité des photos.

L’exploitation

Une fois l’observatoire opérationnel, nous avons pu faire de magnifiques clichés comme une mosaique de la Galaxie d’Andromède, qui reste une de nos meilleures photos, totalisant plus de 62 heures utiles de prise de vue, qui se sont réparties sur plusieurs saisons, ce qui aurait été notablement plus complexe en nomade en France.

Mais j’ai pu aussi m’aventurer dans les champs profonds de Galaxies comme celui de la Vierge ou celui d’Andromède. C’est vraiment le domaine que je préfère en astronomie, et je ne pensais pas qu’une lunette pouvait me faire entrer au club des milliardaires (ceux qui ont pu photographier des objets distants de plus de 1 MM d’années lumière).

Nous avons évidemment capturé des nébuleuses, comme celle de l’Aigle ou la Trifide. Nous avons même eu quelques usages opportunistes comme pendant la conjonction Jupiter/Saturne de 2020

Enfin, nous avons fait beaucoup de compositage avec les images prises avec nos RC, avec lesquels nous prenions les couches de luminance en haute résolution, compositées avec les couches couleur prises à la lunette depuis E-Eye. C’est une pratique qui fait gagner un temps précieux (certains astronomes mettent désormais deux tubes sur leur monture pour faire ce type de compositage directement avec une caméra couleur).

Maintenance

Sur les quatre années d’exploitation, nous avons eu plusieurs ennuis, en particulier d’alimentation électrique. Le Dragonfly se figeait régulièrement, il sera remplacé par Lunatico, mais cela ne résoudra pas totalement le probleme. J’ai fini par faire installer une prise programmable qui redémarre le Dragonfly tous les matins, et ainsi le rendre pleinement opérationnel.

L’onduleur nous a lâché au bout de 2 ans, et nous avons du le faire remplacer par un modèle plus robuste, avec un coût non négligeable pour notre budget. Enfin nous avons eu quelques ratés dans la manipulation, et le capot s’est abimé en percutant le toit, heureusement sans gravité.

Nous avons effectué deux voyages pour de la maintenance sur l’année 2019. Le premier a été l’occasion de remplacer la RAF 5 positions de la Atik One par une RAF a 9 positions, afin de nous permettre de faire de la photo interférentielle en SHO. Cela a également été l’occasion d’installer de nouvelles résistances chauffantes pour résoudre définitivement notre problème de buée.

Cette installation de RAF a été un cas particulier car nous sommes descendus en avion. Nous étions donc très limités dans les outils à emporter et nous n’avions pas le droit à l’erreur. J’ai du usiner un adaptateur en aluminium pour accoupler la nouvelle RAF à l’Atik One, qui n’est pas du tout prévue pour cela. J’ai donc imprimé un « faux » chassis de la Atik One en 3D, pour tester et valider ma pièce. Une fois sur place, le montage s’est fait dans la journée.

Le second voyage a été fait en octobre 2019, cette fois en voiture, et dans le cadre d’un petit tour en Andalousie. Ca a été l’occasion de remplacer l’écran, de vérifier tout l’équipement et surtout de faire beaucoup de nettoyage car le sable s’accumule très vite sur tout le matériel !

Après 2019 nous avons pu intervenir totalement a distance, et nous nous sommes davantage reposé sur le service de E-Eye pour les actions qui ne pouvaient pas être faite à distance. Il nous a toutefois fallu de l’ingéniosité pour « corriger » des erreurs que nous rencontrions a distance, comme le changement de la séquence de park afin d’éviter l’écrasement des câbles, le pivot de la caméra IP pour ne pas « illuminer » le télescope en infrarouge pendant la prise de vue, ou l’adaptation de la séquence de démarrage pour prévenir la buée (en gros en anticipant la chauffe bien avant de démarrer la prise de vue). Sur le moment cela me faisait un peu penser aux ingénieurs de la Nasa qui tentent de faire fonctionner les sondes Voyager a distance. Mais c’est peut être un peu prétentieux de ma part 😉

La fin du projet 🙁

Nous sommes désormais à la fin de 2021. La COVID est passée par la – et d’ailleurs elle nous a donné du temps libre pour réaliser de fabuleux clichés – mais le monde de fous dans lequel nous vivons a redémarré, et Christophe autant que moi sommes désormais repris dans la spirale du quotidien, qui comprend malheureusement des soucis d’ordre personnel…. Notre activité à E-Eye baisse significativement. A vrai dire notre activité astronomique baisse tout court. Ce sont les aléas de la vie, qui se déroule souvent par périodes plus ou moins fastes.

On en parle tous les deux, l’abonnement E-eye représente un cout mensuel. On temporise et on se dit qu’on a encore des choses à en faire.

Fin du printemps 2022, nous devons nous rendre à l’évidence que nous sommes vraiment dans un creux de notre activité. Aussi nous prenons la décision de mettre fin à l’aventure. Nous prenons donc rendez vous avec Cristina, puis le 30 Septembre, c’est le démontage de notre installation et la restitution de notre emplacement.

Malgré la frustration, je reste très heureux de cette aventure, qui m’a appris énormément de choses. E-Eye c’est terminé pour nous, mais l’aventure astro ne se termine évidemment pas comme ça, puisqu’un nouveau projet verra le jour en 2026, notamment avec une partie du matériel subsistant…

Remerciements

Je tiens à remercier vivement toute l’équipe de E-EYE, les techniciens, les administratifs, qui nous ont apporté leur aide chaque fois que c’était nécessaire.

Merci bien sûr à Jose Luis Quinones qui nous a reçu lors de notre installation et qui est un véritable passionné, pas juste un entrepreneur. Et une mention très spéciale à Cristina Fabo, qui a été notre interlocutrice tout au long de la période, avec une gentillesse inégalée.

Merci également à l’équipe de Lunatico, et particulièrement Jaime Alemany qui nous a dépanné plusieurs fois avec le Dragonfly.

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