Le 19 juin 2020
Introduction
Si le concept d’astrophotographie « remote » semble se développer dans la communauté amateur plus ou moins « fortunée » – ce qui est une très bonne chose – la mise en œuvre d’un télescope qui va fonctionner de manière totalement autonome sans humain à coté pour récupérer les problèmes, est un changement profond de paradigme par rapport à l’observation amateur classique.
Pour commencer, c’est du « poste fixe ». On est plus en nomade, il ne s’agit plus de chercher un champ pour poser un trépied, et de se dépêcher de boucler ses prises de vue avant l’aube, mais on peut parler véritablement « d’observatoire », avec un télescope disponible a plein temps, avec la seule restriction de la météo (bon ok et de la lune aussi, et des inévitables petits incidents qui peuvent se produire).
Mais cela va encore plus loin car le concept de l’observation en « remote » est toujours le même pour l’astronome amateur : il s’agit d’aller chercher du bon ciel, loin des villes et de leur pollution lumineuse. Sauf qu’on ne peut pas se rendre loin de tout à volonté. Que ce soit en Espagne comme ici, ou au Chili pour les plus ambitieux, « l’astuce » consiste a ne déplacer que le télescope sous le ciel le plus favorable… et puis le bonhomme rentre chez lui.
Le changement de paradigme est là : on a un télescope disponible sous un bon ciel – ce qui était le but initial – mais on peut s’en servir de n’importe ou, pour peu que l’on ait un PC ou même un smartphone sous la main, ce qui ouvre la possibilité de faire de la photo dans des « conditions » auparavant impensables. On est mardi soir et on bosse demain ? pas de problème. On a des invités ? pas de problème, je surveillerai discrètement mes prises de vue sur mon smartphone pendant qu’on discute – et je pourrai même leur expliquer ce que je fais, ça peut les intéresser.
Bref, le potentiel est énorme, l’envie était la depuis longtemps, mais la difficulté perçue avait toujours freiné les ardeurs. C’est donc après de nombreuses réflexions que nous avons décidé de franchir le Rubicon et d’entreprendre l’installation d’un observatoire en « remote » pour la photographie astronomique. Notre « observatoire » a fonctionné pendant 4 ans de façon tout à fait satisfaisante et nous a permis de faire des prises de vue de façon beaucoup plus flexible, et surtout plus souvent. De ce point de vie c’est une belle réussite. Mais la mise en œuvre ne s’est pas faite en quelques minutes.
Voici le réçit de sa mise en place.
Naissance du projet
C’est l’automne de l’année 2017. Le mauvais temps est de retour, et la période hivernale s’annonce bien maussade. Nous avons pris peu de photos en 2017 compte tenu de la météo mais aussi du fait que la photographie astronomique en milieu suburbain devient de plus en plus difficile. J’habite en banlieue nord d’Orléans, avec un halo orange qui proscrit toute photo du ciel profond en LRGB. Je ne pratique qu’en nomade. Christophe dispose d’un observatoire dans son jardin en banlieue de Fontainebleau, mais la mairie vient d’anéantir ses espoirs en installant des lampadaires à LED dans sa rue.
Nous avons plusieurs « points de chute » pour photographier en nomade, dans le Morvan ou dans la Creuse. Seulement le voyage est long pour un résultat aléatoire du fait de la météo (que de week-end gâchés). Et puis nous ne sommes plus tout jeunes, et le montage / démontage d’un setup photo est toujours moins reluisant que la prise de vue ou la publication d’une belle image.
Christophe « reluque » depuis plusieurs mois les astrams qui ont « sauté le pas » et rêve d’un observatoire en remote, idéalement au Chili bien sur. Mais je reste assez mitigé sur le concept. D’une part du fait de la distance et du cout, mais aussi parce que j’aime l’idée que nos photos sont prises chez nous, en France, avec la dose de challenge que ca implique.
Il y a bien l’idée d’un observatoire fixe dans la Creuse qui traine depuis longtemps, mais Je n’ai pas le temps de la concrétiser car la construction de la structure est une entreprise longue que je n’ai jamais entrepris auparavant. Sans parler du coût…
Et puis il y a ma lunette Televue NP101 qui traine dans un sac depuis 2015, parce que nous nous sommes concentrés sur les « tachouilles » avec nos RC. Je lui avais même acheté une Atik One pour faire du nomade facile, mais elle a été très peu exploitée faute de temps. La One étant difficilement utilisable avec la focale du RC, elle dort également dans sa boite.
Un soir ou Christophe essaie encore de me convaincre que le remote est LA solution, je lui réponds du tac au tac « j’ai la lulu et une camera CCD de dispo. Trouve une monture et je te ferai ton observatoire. »
L’idée est lancée
Assez rapidement nous jetons notre dévolu sur l’offre E-EYE comme point de chute. Il s’agit d’un compromis entre la qualité d’observation, et la facilité d’accès. En effet, le complexe est situé en Espagne, qui reste a moins de 2 heures d’avion de Paris, et donc on pourra y aller en cas de besoin. On pourra surtout s’y rendre en voiture pour aller poser le matériel. C’est en Europe donc encore compatible avec l’idée qu’on peut faire de la photo « dans le coin » et pas à l’autre bout du monde.

Mais c’est aussi la promesse de 250 nuits claires par an, dans un endroit peu pollué. C’est enfin une offre technique complète, avec des emplacements prêts à l’emploi, un toit motorisé déjà installé, et des techniciens sur place pour dépanner en cas de besoin. Je n’en dirai pas plus et vous pouvez aller voir tous les détails sur leur site web : www.e-eye.es.
Bref cela semble le compromis idéal entre nos ambitions et nos réserves. La décision est prise et l’aventure peut commencer. Contact est donc pris avec Jose Luis Quinones, qui dirige le complexe E-EYE, qui répond très rapidement et nous fait tout aussi rapidement comprendre que les places sont chères et qu’il faut confirmer une réservation rapidement si on souhaite avoir un emplacement. Ainsi nous voila en décembre 2017 avec une réservation confirmée pour Avril 2018, soit très peu de temps pour tout mettre en place.
Suite : Enjeux de l’automatisation