Enjeux de l’automatisation

Le décor est planté : un objectif ambitieux, des délais tendus, pas mal d’incertitudes…. ca me rappellerait presque le boulot tiens ;). Et justement, les reflexes du travail prennent assez rapidement le pas, et nous décidons de mettre en place un retro planning ainsi que des phases d’intégration, de recette et de « mise en production » de la chose. Ca peut paraitre curieux pour un projet d’amateurs passionnés, mais cela a été très payant par la suite comme nous le verrons plus loin.

Le premier constat est que nous ne serons pas prêts en avril. Je positionne plutôt une date sur fin juin, ce qui me laisse assez de place pour caler toutes les étapes (et correspond également aux deux mois de carence que nous laisse E-EYE pour nous installer après la réservation du pied). Et puis ils sont en train de construire la travée ou nous serons hébergés, je me dis qu’ils seront en retard de toutes façons.

De son coté, Christophe se met en recherche d’une monture de bonne qualité pour supporter la lunette et permettre une future « mise à jour » vers un tube plus gros. On reste sur un modèle Astro Physics que nous connaissons bien. En 2018 c’est certes rustique comme monture, mais de fiabilité à tout épreuve (et nous avons eu zéro problème en exploitation). Pour le pied de l’observatoire, E-Eye nous a fourni les spécifications du plateau de raccordement. Je fais donc usiner un socle en inox qui permettra de poser la monture sur la colonne.

Plus globalement, le système doit être INTEGRALEMENT contrôlable à distance. Il s’agit de pouvoir allumer et éteindre tous les équipements électriques, de pointer le télescope sur une position dans le ciel, de recentrer pour capturer une image, de faire la mise au point, et d’imager.

Mais il s’agit aussi de détecter tout évènement susceptible de causer une interruption de l’observation. Présence de nuages, monture proche du méridien, rupture de l’alimentation électrique… et même rupture du réseau Internet. Ainsi le système doit savoir se débrouiller tout seul et prendre des décisions sans humain à coté.

Il y aura immanquablement un PC posé à coté du télescope pour faire le pilotage proprement dit. mais il faut y ajouter des équipements complémentaires permettant de détecter des évènements sur place, ainsi qu’une solution d’automatisation, capable de déclencher des actions sur évènement.

La solution retenue

Notre choix se portera naturellement sur un boitier autonome « Dragonfly » de chez Lunatico, qui est connu des gens de E-EYE. Ce boitier est raccordé au réseau IP et peut être accédé depuis l’extérieur via une application smartphone. Il permet d’allumer et d’éteindre tous les équipements électriques, y compris le PC qui sera posé a coté du télescope pour faire le pilotage proprement dit. Ca permet d’éteindre tout l’équipement et seul le Dragonfly et la camera IP tournent en permanence, ce qui est utile par période de grande chaleur ou en cas de maintenance du site.

Le boitier permet également de raccorder divers capteurs qui renseignent « mécaniquement » sur l’état de l’observatoire. Ainsi on peut savoir si le toit est ouvert ou fermé, si la monture est parquée, si elle approche du méridien, et si le courant électrique est présent (en redondance avec l’onduleur, ce qui apporte une sécurité supplémentaire).

La détection de nuages est confiée à un boitier « CloudWatcher » toujours d’usage standard chez E-EYE. Ce dispositif détecte la couverture nuageuse, la pluie, la luminosité et le vent en option. Il est raccordé directement au Dragonfly et le tout peut fonctionner même en cas de défaut du coté du PC.

Enfin, le Dragonfly permet de créer des scripts pour déclencher des actions si un évènement est détecté par les capteurs. Par exemple, si des nuages arrivent, le boitier déclenche une première alerte vers le smartphone, puis au bout de quelques minutes, une procédure de rangement de l’observatoire est activée : fermeture du capot d’objectif, park de la monture, vérification de l’état parqué avant de fermer le toit. Le tout est complémenté d’alertes envoyées sur smartphone, qui préviennent l’observateur lorsqu’un évènement survient.

Le but est double. D’une part il s’agit avant tout de sécurité, puisqu’il n’est pas possible de se rendre sur place ou de convoquer un technicien au milieu de la nuit. Il faut donc maitriser l’environnement du télescope pour pouvoir agir a distance. Mais il s’agit aussi de pouvoir laisser le télescope seul pendant la prise de vue, et de pouvoir aller dormir, sachant qu’en cas de problème, une alerte sur smartphone sera envoyée, et que le télescope sera rangé automatiquement en l’absence d’intervention humaine.

Suite : Conception et intégration