Localisation de la tête de cheval en visuel

C’est un des objets les plus connus, très prisé des photographes, et pourtant bien difficile à déceler et apprécier en visuel. Et pour cause : il s’agit d’une nébuleuse obscure, un nuage de gaz moléculaire froid, qui n’émet aucune lumière dans le domaine visuel. Son observation repose sur un « coup de chance », le fait que cette nébuleuse soit en premier plan par rapport à un nuage d’hydrogène qui lui nous renvoie le résultat de son ionisation. Du coup, la nébuleuse devient visible en quelque sorte en « contre jour ». Mais même comme cela, le nuage en arrière plan émet dans le rouge profond, couleur à laquelle l’œil n’est que modérément sensible. Cela rend cet objet complexe à observer.

Sur les photos, la tête de cheval ressemble à ça :

Autant le préciser tout de suite. Il n’est pas question d’envisager entrevoir un tel panorama en visuel. Cela reste le domaine exclusif de la photo. L’observation de la tête de cheval tient plus du challenge que de l’aspect artistique. Encore que cela dépend de la qualité du ciel… mais concentrons nous sur le plus dur : localiser cet objet dans le ciel.

Pour cela il vous faut :

  • Un téléscope plutot conséquent, disons un Dobson de 400 mm n’est pas de trop pour prétendre aller chercher la bête sans trop de soucis.
  • Un ciel de bonne qualité, surtout avec une transparence suffisante, vu la faiblesse de l’objet.
  • Un filtre H-beta de bonne qualité.
  • Un oculaire de focale assez longue, pour avoir un grossissement faible (pas plus de 60x) et faire rentrer le plus de lumière. C’est le filtre qui se chargera du contraste. Le champ n’est pas crucial, mais un grand champ peut aider a placer l’oculaire au bon endroit.
  • Un temps d’adaptation à l’obscurité, pour avoir votre vision nocturne.

Pour rappel, la tête de cheval proprement dite, numérotée Barnard 33, est juste devant une nébuleuse en émission, cataloguée IC 434. Cette dernière est une région HII, ce qui veut dire qu’elle est composée essentiellement d’hydrogène ionisé. Cet hydrogène émet de la lumière à différentes longueurs d’onde, correspondant aux transitions énergétiques de la série de Balmer, et principalement la première (alpha, d’où sa couleur rouge). Mais de la lumière est également émise sur la seconde transition (beta) qui bien que moins lumineuse, est située plutôt dans le vert, couleur à laquelle l’œil est beaucoup plus réceptif. D’où le filtre H-beta, qui permet de « voir » dans le vert ces nébuleuses hydrogène.

Localisation

Commençons par le début : la tête de cheval est située juste en dessous de l’étoile de gauche de la ceinture d’Orion. Cette étoile est nommée « Alnitak ». Elle est donc légèrement au dessus de la grande nébuleuse d’Orion.

Il faut donc commencer par pointer Alnitak, ce qui est assez facile pour tous. Le champ résultant devrait ressembler à quelque chose comme cela, si on tient compte du fait qu’un télescope type « Dobson » va renverser l’image.

A la « droite » d’Alnitak, il est assez facile de repérer la nébuleuse de la flamme, qui se présente comme deux taches grises et floues, séparées par un canal sombre assez tranché. Si vous avez un bon ciel et/ou un télescope puissant, vous verrez peut-être les canaux qui lézardent cette bien belle nébuleuse. Notre tête de cheval convoitée est située au dessus. Mais le gros problème à ce stade est Alnitak, qui est suffisamment brillante pour « éblouir » votre vue, et vous empêchera de distinguer la nébuleuse, même avec le filtre H-beta.

L’astuce va alors consister à occulter l’étoile, et pour cela, il suffit de se placer de manière à la mettre juste en dehors du champ. Ainsi son éclat ne nous perturbe plus. Oui mais alors, comment se repérer précisément pour trouver notre dada ? La réponse ci-dessous :

Il s’agit de repérer les trois étoiles soulignées en rouge, qui forme une sorte d’arc. L’étoile de gauche est légèrement plus éloignée que celle de droite. Faites en sorte de placer cet astérisme en bordure de votre champ, pour occulter Alnitak. La tête de cheval est a chercher juste au dessus de l’étoile centrale.

Il faut d’abord mettre IC 434 en évidence, ce qui revient a discerner la partie « brillante » sur le coté gauche, par opposition à la partie « sombre » sur le coté droite. Progressivement, la nébuleuse devient discernable. Une fois que vous savez la repérer, vous pouvez vous concentrer sur la « frontière » entre la nébuleuse a gauche, et la partie sombre à droite. Il s’agit alors de localiser un « trou » ou plus précisément une « anse » dans la partie lumineuse. Comme la photo l’illustre, vous ne verrez pas la forme de tête de cheval que l’on admire sur les photos. N’essayez donc pas de voir une forme particulière, juste un « morceau qui manque ».

Voila, vous avez réussi à localiser la délicate Barnard 33 ! Une fois que vous l’avez repéré, vous pouvez exercer votre regard dessus pour apprendre à la « palper avec les yeux »… il n’est a mon avis pas utile de chercher à la détailler lors de la première observation. L’important est de la repérer, ce qui prend du temps la première fois, mais est bien plus facile les fois suivantes. Et oui : comme pour bon nombre d’objets, il vous faudra faire preuve de patience et revenir l’observer à plusieurs occasions. C’est ainsi qu’on parvient à la trouver facilement et à l’observer de plus en plus finement, l’œil et le cerveau ayant « appris » à la repérer et à la voir.

Alors à vos oculaires, et bonne chasse !